Frère Siméon

 

 

Chapitre 1

Les épées en plastacier s'entrechoquèrent avec fracas, le choc produisant une pluie d'étincelles autour des deux combattants. Le regard rivé dans celui de son adversaire, le sergent Victor veillait à ne pas perdre sa concentration malgré le superbe coucher de soleil qui venait l'aveugler de ses rayons faiblissants.

Une nouvelle passe d'arme. Les armes factices croisèrent le fer à nouveau dans un fracas proche de celui du marteau du maître forge dans la fonderie de la barge de bataille 'Ether'.  Son adversaire avait une force incroyable alors qu'il venait à peine de terminer ses rites initiatiques marquants la fin de son implantation mais il lui manquait quelque chose de bien plus important que la force. La technique.

Plongeant son regard bleu glace dans les yeux du jeune novice, il lança une nouvelle attaque. Feintant sur la gauche il s'élança en avant pour, quelques instant avant que le jeune apprenti ne se pare son coup, porter tout le poids de son corps vers la droite. Il s'autorisa un bref sourire. Ce débutant avait décidément encore beaucoup à apprendre. Faisant remonter son arme de bas en haut et prenant appui sur sa jambe gauche pour éviter une perte d'équilibre, il vint frapper son adversaire en pleine face. Touché à la tempe, celui ci s'écroula violemment à terre, lâchant son épée qui vint creuser une profonde empreinte dans le sable de la plage de Xélas.

L'imposant space marine du chapitre des Black Templar se tenait toujours debout, immobile. Il soupira. C'était trop facile. Ce novice ne survivrais pas une minute sur un champ de bataille. 'Relève toi' Ordonna-t-il au corps étendu dans le sable. 'Debout novice Siméon' reprit il en plantant son arme d'entraînement dans le sable mou. Toujours pas de réactions. S'approchant, il remarqua un mince filet de sang coulant depuis le coté droit de la tête de Siméon et venant assombrir la plage. Victor haussa les épaules dont la largeur, malgré le fait qu'il ne portait pas son armure, occultait pourtant une partie de l'horizon rougeoyant. Il vint s'agenouiller auprès du corps inanimé toujours étendu au milieu de la plage et observa un instant le jeune visage couvert de transpiration mêlée de sang et de sable de la nouvelle recrue. Il devait avoir quatorze ans tout au plus. 'Il n'y à pas d'âge pour servir l'Empereur' pensa-t-il en silence. D'un geste vif et incroyablement rapide, il agrippa la toge de Siméon au niveau du cou de ce dernier. 'DEBOUT' Hurla-t-il en se relevant, entraînant avec lui dans sa poigne de fer le jeune novice. Celui ci ouvrit les yeux visiblement désorienté. 'Ce n'est pas l'heure de faire la sieste' lui lança-t-il en le libérant de son étreinte.

Le jeune Siméon tenait à peine debout. 'Ramasse ton épée' lui ordonna Victor. Chancelant, le novice s'exécuta. 'Attaque moi'. Semblant retrouver un peu de consistance, Siméon s'élança sur son adversaire en hurlant. S'il avait touché sa cible, il aurait certainement brisé le crâne du sergent mais celui ci ne se tenait déjà plus en face de lui. Il reçut un puissant coup de poing dans les côtes et s'écroula à terre à nouveau. 'Debout' cria Victor. Il s'exécuta péniblement, la bouche pleine de sable et la cage thoracique en feu. Sa blessure à la tempe faisait couler une mince rivière de sang poisseux sur son costume d'entraînement et sa tête lui tournait comme s'il s'était fait piétiner par un troupeau d'Auroch du Sud. Sans attendre, il tenta à plusieurs reprises de frapper Victor qui esquivait ses attaques sans peines. Il n'avait même pas pris la peine de ramasser son épée et il arrivait pourtant à le tenir en échec comme s'il avait été un enfant de six ans. S'élançant en avant, il enchaîna avec une passe à gauche suivie d'une à droite comme on lui avait appris au centre d'entraînement. En vain.

'Ce petit est décidément beaucoup moins bon que je l'imaginais' pensais Victor 'Avec les meilleures notes des sergents instructeurs, je m'attendais à autre chose que ce gamin déconcentré et impétueux'. Cela faisait cinq bonnes minutes que Victor s'amusait à tourner le jeune novice en bourrique. Il évitait tout ses coups sans peines et aurait pu le tuer une dizaine de fois s'il avait voulu. Alors que Siméon se jetait sur lui à nouveau, il évita sa frappe et attrapa le poignet du jeune garçon. Ce dernier n'eut pas l'occasion de réagir avant de recevoir un puissant crochet du droit en pleine mâchoire. Une pluie de gouttelettes de sang fit naître pendant un court instant un brouillard écarlate autour de son visage. Il s'affaissa sur ses genoux et tenta de frapper Victor lui aussi. Ce dernier lui arracha l'épée des mains et la fit tournoyer dans les airs la rattrapant par le pommeau cerclé de cuir. 'Tu es mort' lui lança-t-il avant que l'épée ne s'abatte à nouveau.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, il se trouvait étendu le sol d'une petite navette de transit. Il tenta de se redresser mais le mal atroce que ce geste fit naître dans sa cage thoracique le dissuada d'essayer a nouveau. Son costume d'entraînement blanc était maintenant bicolore tant le sang l'avait souillé. Son sang. Tournant sa tête vers la droite et grimaçant de douleur, son regard croisa celui de Victor. Ce dernier était entrain d'essuyer sur sa toge les épées ayant servit à son premier entraînement entant que novice. 'Tu te réveille enfin' lui lança le sergent de sa voix puissante 'j'ai cru que tu ne rouvrirais jamais les yeux' Il se leva faisant fi des turbulences atmosphériques qui balançaient l'appareil comme s'il s'était s'agit d'un fétu de paille. 'Jeune novice je ne sais vraiment pas ce que je vais faire de toi' Repris Victor 'Ce premier entraînement n'étais vraiment pas concluant. Que vous apprennent ils au centre ?' il marqua une pause. 'Tu es censé devenir un soldat d'élite béni parmi les étoiles. La quintessence du bras armé de notre Très Saint Empereur. Un fils de Dorn. Et tu t'es battu encore moins bien qu'une filette' Siméon tenta de répondre mais le liquide âcre qui remonta dans sa gorge lorsqu'il tenta de prendre la parole l'empêcha de s'exprimer. 'Nous retournons sur la barge de bataille. Une fois arrivé las-bas, tu purifiera les armes que nous avons utilisées aujourd'hui, tu nettoiera mon armure dans mes quartiers, tu ira faire ta prière au service des novices. Ensuite, et ensuite seulement, tu pourra aller a l'infirmerie pour soigner tes blessures. Est ce clair ?' Siméon hocha la tête alors que la voix du frère pilote retentissait dans l'habitacle fermé de la navette 'Nous entamons les procédures d'arrimages, accrochez vous frère sergent, ça risque de secouer un peu'. S'assaillant à nouveau, Victor repris la parole 'Réfléchis à ce qui s'est passé aujourd'hui et apprends des erreurs que tu as faites. Demain nous retournerons sur la plage.' Siméon ferma les yeux. Il avait été honoré d'être choisis par le sergent Victor lors de sa sortie du camp d'entraînement mais là il se posait la question de savoir si ce dernier n'allait pas le tuer avant qu'il aie pu être intronisé frère Black Templar. 'Ca n'arrivera pas' murmura-t-il pour lui même 'Je suis un soldat de l'Empereur et je lui montrerais de quoi je suis capable'.

 

Chapitre 2

 

Satanée plage' Pensa Siméon en foulant, pour la millième fois depuis les deux mois qui venaient de s'écouler, le sol de Xélas. Il n'en pouvais plus. Tout les jours, sans exceptions, il venait ici accompagné du sergent Victor pour s'entraîner au combat à l'arme blanche, au tir et à la lutte à main nue. Mille fois il s'était fait mettre à terre, réprimandé, humilié, blessé par son mentor. Mais cela commençait à porter ses fruits.

'Bien' Lança Victor en hochant la tête après avoir paré un coup d'épée 'Continue'. Cela faisait deux longues heures qu'ils se battaient sous un soleil de plomb. Siméon se fendit d'une attaque parfaite et termina par une botte qu'il avait apprise hier. Son instructeur para tout ses coups avec nettement moins de nonchalance et de facilité que lors des premières passe d'armes qu'ils s'étaient échangés. 'Très bien novice. On va peut être arriver à faire quelque chose de toi finalement' Victor souriait. Siméon lui était loin de sourire. Il enrageais d'être ici, sur cette plage à s'entraîner avec des épées pour enfants.

'Vénéré sergent' demanda-t-il 'Puis je vous poser une question ?' Victor lui fit signe de baisser sa garde. Ils s'essayèrent ensemble sur un tronc de palmier mis à terre par les exercices de tir de ce matin. Plantant son épée dans le sable, Victor lui donna la permission de prendre la parole 'Qui a-t-il novice ? ' Siméon pris une profonde respiration. Il savait pertinemment que ce qu'il allait dire risquait de plonger Victor dans une colère folle et lui vaudrait certainement une réprimande physique ainsi qu'une purification morale mais il n'en avait que faire 'Pourquoi me faites vous subir cela ?' Demanda-t-il 'De quoi parle tu ?' répondit l'initié en fronçant les sourcils. 'De tout ceci sergent. Des entraînements journaliers inoffensifs et des nuits de prière alors que parmi tout les novices avec qui j'ai accompli mon initiation, tous sont déjà montés au feu. J'ai appris hier que mon compagnon de chambre Jalius était tombé au champ d'honneur ainsi que son initié, Calleros' Victor ne disait rien. Il se contentait de regarder Siméon dans les yeux. Celui ci continua, entraîné par sa verve. 'Et le novice Symérion, mon rival au camp d'entraînement, s'est déjà illustré en combat rapproché sous l'égide de l'initié Delastrati' Siméon avait haussé la voix 'Vous m'avez dit un jour que je devais devenir un fils de Dorn. Ce n'est certainement pas en combattant avec vous sur une plage perdue que je pourrais servir l'Empereur avec honneur et force'

Victor n'esquissait pas un geste. Son visage était fermé de toute expression. Si ce dernier était en colère ou attristé, il ne le montrait pas le moins du monde. Siméon aurait presque préféré se faire flageller plutôt que d'avoir à affronter le regard de glace du sergent lorsqu'il se tourna vers lui. 'Tu veux savoir pourquoi ?' Fini par dire le space marine 'Reste ici, purifie toi par la prière pour te repentir du sacrilège que tu as commis en outrepassant tes droits et en contestant mes décisions. Je serais de retour dans quelques heures' A ces mots, il se leva et tourna les talons pour se diriger vers le campement ou une navette l'attendait laissant le jeune novice seul sur cette immense plage.

Comme promis il revint dans les trois heures qui suivirent. Siméon avait mis ce temps à profit pour se laver dans l'eau de la mer toute proche, prier l'Empereur Dieu afin d'implorer son pardon pour son impétuosité et se scarifier une étoile de templier sur le bras gauche pour expier ses fautes. Plus jamais il n'oserait regarder son initié en face après la discussion qu'ils avaient eu tout à l'heure. Victor n'avait rien dit mais il avait sentit combien il était déçu par ses paroles. Mais il n'en pouvait plus de savoir que ses amis mourraient, que partout la guerre faisait rage et qu'il passait son temps à faire des passes d'armes dans le sable.

La navette, qui n'était il y a quelques secondes qu'un minuscule point dans le ciel, se posa juste coté de lui dans un bruit de tonnerre. Siméon était toujours à genoux, recueilli dans la prière malgré les bourrasques de vent et de sables qui venaient lui lécher le visage et faire tourbillonner sa robe. La rampe de débarquement s'abaissa doucement émettant le classique chuintement aigu des pneumocompresseurs. Victor débarqua, vêtu de son armure de combat noire couverte de sceaux de pureté. Siméon la connaissait par cour tant il l'avait nettoyée et polie. L'aigle pectoral en argent béni, les larges épaulettes blanches noircies de psaumes sacrés, son casque décoré de la croix rouge des templiers de l'Empereur. Derrière lui descendirent deux autres frères initiés. Il ne les avait jamais vu mais les trophées pendant à la ceinture de l'un deux signifiaient qu'il avait déjà traversé maintes batailles. 'Voici les frères Tectus et Marcos avec qui j'ai passé mes rites d'initiation il y a de cela plus de cent ans' Entama Victor 'Ils ont traversés à mes cotés une myriade de bataille et ont vaincu dans le sang des milliers d'ennemis de l'Impérium' Siméon restait à genoux respectueux. Il craignait le pire. Avait il amené avec lui ses deux géants en armure pour participer à son châtiment ?

'Mais ils ne sont pas venus seuls' reprit Victor. A ces mots, deux silhouettes apparurent en haut de la rampe de débarquement de la navette. Descendant à leur tour sur la plage, Siméon fut surpris de retrouver deux des novices présents au camps d'entraînement de Hugis prime. Comme ils avaient changés. Ils semblaient avoir pris vingt an en quelques mois tant leurs visages étaient sévères et austère. Ils portaient tout deux l'armure de novice avec les larges épaulières en matériaux composites et le plastron protecteur. Armés d'un poignard pendant à leurs ceintures ainsi que d'un pistolet bolter rangé dans un holster à la cheville, ils étaient impressionnants et dégageaient une aura de puissance qui était à miles lieux de ce qui émanait de lui dans sa robe de novice blanche et salie par une matinée d'exercices. Tout d'un coup Siméon fut pris d'une poussée de jalousie qu'il réprima immédiatement. La jalousie et la colère envers ses frères est le chemin des faibles et mène à la damnation. Il se devait de rester stoïque malgré la douleur qu'il ressentait devant ses anciens camarades d'implantation devenus de vrais guerriers alors qu'il n'avait même jamais encore enfilé une armure de combat.

'Monte dans la navette Siméon. N'en descends que lorsque tu seras prêt.' Le jeune novice se releva, tête toujours baissée pour se diriger vers la rampe d'embarquement. Il gravit la pente abrupte sans efforts et ses yeux mirent quelques secondes pour s'acclimater à la pénombre régnant dans la soute de la navette lorsqu'il y entra. Celle ci était vide. Jetant un coup d'oil circulaire, son regards se posa sur une silhouette appuyée contre le côté droit de la pièce. Il se rapprocha doucement pour finalement constater qu'il s'agissait d'une armure de combat. Son armure de combat.

Il saisit respectueusement le plastron orné de l'aquila sacré ses pensées passant sans cesse de la joie qu'il allait ressentir en le passant autour de sa taille, à l'affront qu'il avait eu l'audace de faire a son mentor.

Une vingtaine de minutes plus tard, ils descendit cette même rampe qu'il avait gravi plus tôt mais on aurait dit qu'il était lui aussi une personne différente. L'armure renforçait encore sa stature imposante, le pantalon blanc immaculé contrastait à merveille avec le noir de jais du plastron et des épaulières. Ces dernières étaient vierges de toutes écritures et décorations. Seule la croix des templier venait orner son épaule droite. Foulant le sable de ses bottes de métal, il vint se placer devant Victor qui ne le quittait pas des yeux.. 'Tu veux savoir pourquoi ?' lui lança-t-il encore une fois. Siméon hocha la tête. Quelque soit la sentence prévue, il avait déjà été trop loin pour faire marche arrière. 'Tu va vite comprendre'

A ces mots, les trois initiés s'écartèrent, laissant leurs novices face a face au milieu de la plage. Michael fut le premier à dégainer son poignard. Sans mots dire, il se jeta sur Siméon stupéfait qui eut à peine le temps d'esquiver le coup. Le deuxième novice, Jairo, était déjà sur lui. L'arme de ce dernier vint lui morde le bras y marquant une profonde entaille écarlate sur son habit blanc. Pinçant les lèvres de douleur, il dégaina également son long couteau et se plaça en position de défense. Jairo se rua vers lui fendant l'air de son arme. Alors qu'il n'était plus qu'à quelques centimètres de lui, Siméon effectua une rotation parfaite et vint frapper son adversaire au niveau de la nuque avec la garde de son poignard. Jairo chuta lourdement à terre soulevant un nuage de sable fin dont les grains virent pétiller désagréablement dans les yeux de Siméon. Il ne vit pas tout de suite Michael lui porter un coup ascendant vers sa poitrine. Le métal s'entrechoqua violemment créant une gerbe d'étincelle qui rappela à Siméon les feux d'artifices qu'ils tiraient parfois sur sa planète natale. Sans s'attarder sur le passé, il tenta un attaque de coté mais Michael para le coup saisissant son poignet de sa main désarmée. Ayant soudainement un avantage non négligeable, le novice Michael, toujours entrain de tenir la main armée de Siméon, tenta de lui donner plusieurs coups de poignards à la poitrine et le bas ventre que Siméon esquiva tant bien que mal malgré le manque de mobilité dont il souffrait.

Les trois initiés regardaient le combat solennellement quelques mètres à l'écart. Aucun d'eux n'avait esquissé le moindre geste lorsqu'il avait failli se faire embrocher et, si il ne focalisait pas sa concentration à nouveau, il finirait comme un poulet un soir de banquet. De sa main encore libre, il agrippa à son tour le membre armée de Michael et s'engagea dans un duel du force avec ce dernier. Siméon poussait de toutes sa puissance tentant de tordre le poignet de son adversaire mais celui ci était de force égale voire supérieure et il n'arrivait pas à le faire plier. Pendant ce temps, Jairo commençait à reprendre conscience et, si celui ci se relevait rapidement, Siméon savait bien qu'il était perdu. Sans hésiter le jeune novice asséna un formidable coup du plat du front en pleins dans la tête de son opposant. Cela ne suffit pas à le faire lâcher prises et il dut s'y reprendre à trois fois pour que Michael desserre son étreinte. Réussissant enfin à se dégager, Siméon effectua un violent balayage qui déséquilibra son opposant. Ce dernier tomba à la renverse en se tenant le visage. Son nez, visiblement fracturé, laissait écouler de grosses gouttes de sang.

Sans prendre le temps de respirer, Siméon se précipita sur Jairo qui venait à peine de se relever. Courant vers lui et arrivant à quelques mètres de sa position, il prit appuis sur sa jambe gauche et effectua un grand saut, son genou porté en avant, droit vers la poitrine de son ennemi. Le choc fut extrêmement violent et le craquement mat qui précéda le sourd impact de la genouillère de Siméon contre le plastron de Jairo signifiait sans aucun doute que la mince protection offerte par le bras de ce dernier venait de se briser. Le novice s'écroula à nouveau au sol et, décidé à ne lui offrir aucun répit, Siméon l'accompagna dans sa chute et lui décocha une série de coups de poings en pleine face. Si son adversaire avait été un Xénos quelconque, celui ci aurait déjà eu la gorge tranchée dans un flot de sang. Mais il s'agissait d'un frère d'arme, il se contenta donc de le laisser inanimé dans le sable se refroidissant peu a peu après les assauts des brûlants rayons solaires de ce midi.

Puis se fut son tour de s'écrouler à terre. Frappé à la nuque par Michael, il s'affaissa au sol juste à coté du corps immobile de Jairo. Dans un éclair de lucidité, il eu la présence d'esprit de rouler sur le coté évitant de ce fait le coup plongeant de la dague du novice qui ne zébra que le sable étoilé de coquillages. Siméon était exténué. Les nombreux coups qu'il avait reçu devaient lui avoir brisé plusieurs cotes car sa respiration était de plus en pus ardue et les tâches qui dansaient dans ses yeux n'arrangeaient en rien la situation. S'aidant de ses pieds, il recula de plusieurs mètres, toujours affalé dans le sable et évita ainsi une deuxième série de coups de couteau qui lui aurait certainement tailladés les jambes s'il ne s'était pas montré plus rapide. D'un rapide mouvement du bassin, il se releva tout en réprimant une envie de vomir et fit à nouveau face à Michael. Ce dernier souriait malgré son nez et sa bouche couverts de sang et n'hésita pas un instant avant de se jeter à nouveau sur lui. Mais Siméon s'était préparé à cet assaut.

D'un geste rapide, il libéra le sable qu'il tenait dans ses mains créant une tempête aveuglante dans laquelle Michael s'engouffra les yeux grands ouverts. Dans le même élan, se penchant pour ramasser son arme, il se rua sur son adversaire pour le heurter d'un coup d'épaule qui le fit basculer en arrière. Ne lui laissant aucun répit, il continua à l'assaillir de coups de poings et de pieds que Michael, les yeux en pleurs et visiblement aveuglé par les fins grains de sables parait du mieux qu'il pouvait. Il fit ainsi reculer son ennemi de plusieurs dizaines de mètres, arrivant sur le sable durci par le relent des vagues salées de l'unique océan de Xélas.

Là, Siméon stoppa ses attaques 'Essuie toi le visage frère. Je veux te faire mordre la poussière loyalement' Michael souriait toujours. Il se frotta les yeux frénétiquement et épousseta son armure 'Me faire mordre la poussière ?' Dit il agressivement 'Je pense que c'est plutôt toi que je vais réduire en poussière'

Le deux hommes se tenaient face à face dans la lumière rougeoyante d'un soleil maintenant sur le déclin. Cette fois ci, Siméon fut le premier à s'élancer. Epée au clair, il vint frapper l'épaulière de Michael qui ne pu parer son coup assez rapidement. Une onde de douleur remonta son bras lorsque le tranchant de la lame vint heurter le plastacier sans provoquer le moindre dégâts sur la solide armure. Le choc se propagea jusqu'à sa cage thoracique et Siméon grimaça de douleur. Profitant de cette faiblesse, Michael se pencha et fit décrire un arc circulaire à son arme pour venir blesser Siméon au niveau de sa cuisse. Le poignard n'eu aucun mal à se frayer un chemin à travers le tissus et la chair, rentrant profondément dans la jambe du novice qui ne su pas réprimer un cri de douleur. Une lueur folle dansait dans les yeux de Michael et Siméon comprit qu'il fallait absolument mettre un terme à ce combat sinon il risquait bien de finir baignant dans son propre sang.

Michael attaqua à nouveau tentant de toucher son autre jambe mais Siméon parvint à éviter le mordant de la lame en levant le pied pour le faire retomber sur la garde de l'arme et la clouer au sol. L'expression d'étonnement sur le visage de Michael fut vite remplacer par un faciès grimaçant de douleurs lorsque la botte de Siméon vint écraser ses doigts et qu'il fut forcé de lâcher son poignard pour éviter de se faire broyer la main. Lui décochant un puissant coup de poing dans la mâchoire, Siméon continuait de maintenir la main de Michael au sol, broyant plusieurs de ses phalanges. Il fini par libérer la pression pour permettre à son adversaire désarmé de se relever. Lentement, il s'accroupit pour ramasser l'arme encore souillée de son sang qui gisait à terre et la jeta au loin. Il fit ensuite de même avec sa propre dague, les yeux fixés sur le regard de Michael. Il se rapprochèrent lentement en position de combat.

Cherchant l'ouverture qui lui permettrait de mettre son adversaire au tapis, Siméon se sentait de plus en plus faible. Le sang continuait de s'écouler de sa cuisse et de son bras et la sueur qui lui mouillait la tunique laissant entendre qu'une forte fièvre était entrain de le gagner. Michael n'étais pas dans un meilleur état que lui, le flot de liquide rouge foncé s'écoulant sur son visage le faisait ressembler à une créature de cauchemars et son attitude trahissait le fait qu'il souffrait également. 'Maintenant' Réalisa Siméon et dans un éclair et il fondit sur son adversaire. Son poing serré vint une nouvelle fois heurter le visage de Michael qui recula en chancelant. Une autre frappe sur sa tempe le fit basculer en arrière et il manqua de s'écrouler à terre. Siméon continuait sont avancée, déterminé à ne laisser aucun répit au frère d'arme qui était aujourd'hui son pire ennemi. D'un coup de pied au ventre, il repoussa le novice jusqu'à ce que l'écume de l'océan vint lécher ses bottes. Ils étaient à présent tout deux avec de l'eau jusqu'aux chevilles. Michael avait tenté tant bien que mal d'asséner plusieurs coups de poings à Siméon mais ce dernier ne lui avait pas laissé une seule chance. 'Le combat est déjà terminé' Pensa-t-il avant d'asséner de son talon un coup précis sur le genoux de Michael. La rotule de ce dernier explosa comme un fruit trop mur que l'on jette à terre et il s'écroula dans l'eau encore tiède sans un cri. Siméon se plaça derrière lui pour le prendre par les cheveux. Maintenant sa tête sous l'eau, il posa son genoux sur sa colonne vertébrale et appuya du plus fort qu'il pu. Les bulles d'eau remontant à la surface et les soubresauts qui agitèrent le corps de son adversaire lui firent comprendre que celui ci était finalement hors de combat.

Siméon se redressa. Il avait gagné. Malgré sa faiblesse, il prit Michael par les épaules pour le traîner vers la berge ou l'attendaient le sergent Victor et le frère Marcos. Leurs visages sévère ne trahirent aucune émotion lorsqu'il relâcha son étreinte sur le corps de Michael qui glissa à terre dans un bruit mat. Marcos se saisit alors de son novice pour le hisser sur son épaule. Sans un mot il tourna les talons et commença à s'éloigner. 'L'ais je tué ?' S'enquit Siméon dont l'adrénaline quittait peu a peu son corps pour le plonger dans une douleur intense. Personne ne lui répondit.

Il se laissa tomber au sol, ses jambes n'arrivant plus à le porter mais la poigne de fer du sergent Victor le remit sur pied. Sans un mot, il se regardèrent dans les yeux.

'Tu tenais tant à savoir novice Siméon ? Maintenant tu sais pourquoi'

 

Chapitre 3

 

Mon cerveau n'est plus qu'une brume de souvenirs disparates et entremêlés dans un kaléidoscope de souffrance physique.

J'ai vraiment horriblement mal.

Malgré la désagréable sensation qui découle de ce geste, j'arrive à entrouvrir les yeux pour, après n'avoir vu qu'une lumière venant m'incendier les pupilles, poser mon regard sur le plafond blanc d'une pièce ou règne une odeur d'éther et de sang. Je tente de bouger, une main se pose sur mon front 'Calme toi fils'. Je replonge dans un profond sommeil provoqué par le trop plein d'adrénaline conséquent à la douleur intense qui me vrille le corps.

Un horrible bruit proche de celui d'une épée tronçonneuse me sors à nouveau de ma torpeur sans rêves. Toujours la même pièce dont mon regard ne parviens qu'à contempler vainement le plafond. Je suis solidement attaché sur une table froide.

L'infirmerie ???

Ca doit certainement être ça. Pourquoi suis je ici ? Pourquoi ? J'essaye d'arrêter le flot de souvenirs se bousculant dans mon esprit. Le combat avec Michael et Jairo. Instantanément une phrase parvient à percer la chape de confusion entourant mes pensées. Les ais je tués ???

Le bruit de tronçonneuse s'intensifie vrillant mes tympans. Quelqu'un me parle. 'Concentre toi fils'. 'Fais appel à ce que l'on t'a enseigné'. 'La douleur physique n'est qu'une illusion, seule le force de ton âme dirige ton corps'.

Le bruit strident s'intensifie encore. Une scie ?

La première incision, comme une brûlure sauvage au niveau de mon bas ventre, me fait serrer les dents sur le bout de bois qui s'y trouve. Qui l'y à mis ? Peu importe.

Je sens la lame traverser ma peau et le sang se répandre le long de mon corps pour venir salir la table d'opération. Je ne cesse de me répéter 'Concentre toi Siméon, concentre toi'.

Le sang viens maintenant s'infiltrer en dessous de mon dos alors que la deuxième incision entraîne un violent soubresaut incontrôlable de tout mon corps. Par l'Empereur et tous les Saints, cette douleur est intolérable.

La voix m'interpelle encore 'Courage fils'. Courage ? Comment ? Ce n'est pas encore terminé ? Par la pitié de Dorn, faites que ce soit terminé.

Lorsque la scie commença à découper les os de ma cage thoracique, je ne pu réprimer un hurlement. La nausée m'envahi, c'est trop tard, je vais certainement mourir, personne ne peux supporter telle douleur. Je pensais ne jamais plus souffrir autant que lors de mon implantation mais cette lame d'adamantium tournoyante venant lécher mes côtes et découper méthodiquement mon torse jusqu'à mon nombril est vraiment un supplice.

Est ce une punition ? Ou est Victor ? Pourquoi suis je.

C'est alors que je le vis. Mélange d'homme et de machine. Tout de blanc vêtu. Sa main droite était elle vraiment remplacée par cette prothèse circulaire ou mes yeux me jouaient ils des tours ? Il s'approcha de mon visage. Sa main gauche, encore faite de chair, vint se poser sur mon front noyé par la sueur. Son regard plongea dans le mien. Je ne vis, dans son oil non implanté d'un bionique que la compassion et l'apaisement.

'Tiens bon fils. Ca va faire un peu mal'.

Lorsqu'il commença à écarter ma cage thoracique afin d'atteindre mes organes interne, je ne sentais déjà plus rien.

Je me sens sombrer dans l'inconscience.

'Si je dois traverser la vallée de la mort, je ne crains rien car l'Empereur est mon berger'.

 

 

Chapitre 4 - 1

 

La pièce dans laquelle il se trouvait était froide, sombre et humide. Il pouvait entendre à intervalle régulier des gouttes d'eau glacée venir s'écraser au sol dans une entêtante mélopée qui ne parvenait pourtant pas à troubler le fil de ses pensées.

Pourquoi était il là ? Avait il fait quelque chose de mal ? Peut être était ce son châtiment pour avoir tué les novices Michael et Jairo ? Il n'en savait rien.

Un couinement aigu le sortit de sa torpeur mentale. Il ouvrit les yeux, ses pupilles, améliorés lors de son initiation, s'habituant sans peines à l'obscurité ambiante. Une paire de rats se disputaient le reste du pain rassis qui lui avait servit de déjeuner et il n'eut même pas l'envie de leur disputer ce mince trophée. Il était traité comme un esclave, un prisonnier, un hérétique en attente d'un jugement. Il avait échoué.

Après son retour du médicarium, cinq jours auparavant, il avait été jeté ici souffrant encore le martyre après son opération et ignorant le sort de ses anciens adversaires. Il n'avait plus vu Victor depuis plus d'une semaine et son esprit fourmillait de questions qu'il ne cessait de se ressasser. Il avait passé la majeure partie de son temps en prière essayant d'oublier le froid de sa cellule, sa douleur à la cage thoracique et la honte d'avoir failli à son devoir.

Peut être n'allait il même jamais sortir d'ici.

Un assourdissant bruit de vérin hydraulique lui vrilla soudain les oreilles. La lourde porte qui le coupait du monde était entrain de s'ouvrir. Déjà un mince rayon de lumière crue vint traverser l'obscurité aveuglant le jeune Siméon qui recula dans le fond de la pièce en se protégeant les yeux de l'intensité lumineuse. A travers ses doigts il pouvait cependant discerner la silhouette imposante d'un space marine en armure encadrée par deux autres personnes semblant tellement frêles à coté de ce géant.

Le space marine poussa sans ménagement les deux malheureux à l'intérieur de la cellule. Ils tombèrent lourdement au sol alors que la porte se refermait déjà.

'Pourquoi ? Pourquoi suis-je ici ? Où est Victor ? Qu'ais je fais de mal ?'

Les hurlements de Siméon furent vains et l'obscurité redevint très vite maîtresse des lieux. Il avait maintenant deux compagnons d'infortunes qu'il pu détailler alors que ces derniers se redressaient. Cheveux en bataille, visages et mains noirs de saleté, vêtus d'une longue toge tachée de sang et de crasse qui devait être blanche à l'origine, ils avaient l'air pitoyable. Siméon eut un frisson de dégoût en réalisant qu'il devait sans aucun doutes leurs ressembler.

Ils relevèrent la tête et le cour de Siméon manqua de s'arrêter. Son premier réflexe fut de se saisir de sa gamelle comme d'une arme avant de plonger son regard dans celui de ses compagnons.

Assis dans une cellule minable après cinq jours de prière et de souffrance, un sourire parvint pourtant à naître sur les lèvres de Siméon.

Devant lui se tenaient Michael et Jairo.

Ils étaient vivants.

 

Chapitre 4 - 2

 

Ils avaient tous été traités de la même manière. Après leur combat, tout trois avaient subis une opération chirurgicale pour s'être vu ensuite jetés dans une geôle comme des parias.

Nul ne comprenait mais tous acceptaient leur situation. Loin de la fureur du combat sur la plage, Jairo était un jeune homme très réservé qui n'avait que très peu parlé depuis qu'ils avaient étés réunis. Michael quant à lui n'avait de cesse d'essayer de percer le pourquoi de ce traitement inattendu et selon lui injuste, qu'on était entrain de leur infliger.

Aucun d'eux ne semblaient avoir de remords concernant leur défaite ni les coups échangés. Comme Siméon le pensait également, les ordres sont les ordres, seul la fin compte et non les moyens. Bien qu'il ait été attristé lorsqu'il croyait avoir tué les deux novices, il n'avait jamais regretté. 'Le regret est comme une cancer rongeant le cour du guerrier' Avait un jour dit Victor ' Chaque action que tu entreprends peut entraîner des conséquences et c'est pour cela que tu dois être fidèle à ce que tu crois et faire ce que tu as à faire. Ainsi tu n'auras jamais à regretter quoi que ce soit'

Bien que la situation ait été tendue au début, les trois novices parlaient maintenant comme trois frères ne s'étant plus vus depuis des années. Michael racontait des anecdotes concernant son initiation et ses premiers combats, Jairo parlait de sa planète natale, un monde couvert d'océans peuplés d'immenses créatures. Siméon quand a lui expliquait les enseignements de Victor et leurs faisait par de sa frustration de n'être jamais allé au feu. Ils avaient également énormément priés afin de trouver la voie à suivre pour expier leurs fautes.

Il devait s'être écoulé une dizaine d'heures quand la porte s'ouvrit à nouveau. Cette fois ci, Siméon se leva en fixant fièrement l'entrée. Ses deux compagnons l'imitèrent. Peu importait ce qui les attendaient, ils étaient prêts à affronter toutes les épreuves.

Trois ombres massives se dessinèrent dans l'embrasure illuminée. 'Sortez' Ordonna une voix puissante. Siméon s'avança le premier, suivit par Jairo et Michael, fermant la marche. Le jeune novice ne pu réprimer un hoquet de surprise lorsqu'il se trouva face à face avec le visage de Victor. A coté de lui se tenaient Tectus et Marco, les initiés en charge de ses compagnons. Tectus prit la parole. 'Je constate que vous ne vous êtes pas entretués. Parfait.' Dans la lumière du couloir, ils avaient l'air encore plus pitoyables et dégoûtants de saleté. 'Suivez nous' Reprit le marine 'Je ne veux pas entendre un seul mot. Et baissez la tête novices'

Ils avancèrent ainsi pendant plusieurs minutes, tête baissée avant d'arriver devant une autre porte qui s'ouvrit dans un chuintement aigu. Victor, qui n'avait jusqu'alors pas prononcé une seule parole vint près de lui et posa sa main gantée sur son épaule. 'Novices, vous avez une heure' Dit il avant de tourner les talons accompagné des deux autres initiés. Redressant la tête, Siméon entra dans la pièce. Celle-ci comportait un immense bassin d'eau chaude dont les volutes de vapeur parfumée l'apaisèrent immédiatement. Sur le mur de droite se trouvaient alignées leurs trois armures de novices nettoyées de la souillure du sang et du sable.

La porte se referma derrière eux alors que Jairo enlevait déjà les guenilles qui lui servaient de toge.

Quelques instants après, ils lavaient tout trois dans l'eau la crasse qui collait à leur chair en rendant grâce à l'Empereur de ne pas les avoir abandonnés.

 

Chapitre 4 - 3

 

A genoux devant son armure, le jeune Siméon se recueillait en silence. Pieusement concentré sur sa prière, il avait maintenant pleinement conscience de la signification de ce cérémonial qui, bien qu'étrange, sera à marquer d'une pierre blanche dans son apprentissage.

Pour la première fois de sa vie, il allait être autorisé à porter son armure de combat en présence d'initiés et d'autres novices et il rendait grâce à l'Empereur de lui donner cette chance.

Sur ses mains jointes reposait son front. Les yeux fermés, le souffle calme, il terminait calmement sa saine introspection. Lorsqu'il se redressa, Jairo et Michael étaient déjà prêts. Ainsi vêtus ils ne ressemblaient en rien aux miséreux que l'on était venus chercher dans une immonde pièce infestée de rats.

Il commença à enfiler sa combinaison. Le pantalon, les protections, les lourdes bottes, la tunique, les gants cloutés. Lorsqu'il voulu se saisir du plastron, les deux autres novices l'en empêchèrent. 'Laisse nous t'aider frère' lança alors Jairo en saisissant la partie pectorale de son armure. 'D'abords adversaires et bientôt frères de bataille' Commença Michael ' Réunis sous la bannière de l'Empereur pour Le servir et accomplir Sa volonté' La partie supérieure de son armure était maintenant fixée, il ne restait plus que ses épaulettes. 'Nous sommes des fils de Dorn et nous prouverons bientôt notre valeur pour devenir de vrais Black templars'

Siméon ajusta son holster ainsi que son ceinturon. Le poids rassurant du pistolet bolter et de sa dague lui fit oublier le calvaire qu'il avait subit les jours précédents. Suivant son instinct, il tira la lame hors de son fourreau. Son tranchant n'avait d'égal que son équilibre et le pommeau, qu'il avait lui-même décoré de la croix du templier, brillait de mille feux.

Il tendit son épée devant lui. Immédiatement, Jairo et Michael dégainèrent également et imitèrent son geste. Le bruit étouffé d'armes se frôlant flotta quelques instants avant que Siméon ne prit la parole. 'Liés par nos épées, liés par notre sang, si la vie nous sépare nous nous retrouverons à droite de l'Empereur. Frères pour l'éternité' A ces mots, il se servit de son arme pour s'entailler profondément la main gauche dont un mince filet de sang commença instantanément à couler. Les deux autres novices firent de même et, rassemblant leurs mains, poings serrés, mêlèrent le fluide écarlate qui s'en écoulait.

Derrière eux, la porte s'ouvrit bruyamment mais les trois novices ne se quittèrent pourtant pas des yeux.

 

Chapitre 4 - 4

 

Il était fier. Tellement fier de marcher aux cotés du sergent Victor, marchant dans les immenses coursives de la barge de bataille la tête haute et la démarche assurée. Il pouvait maintenant porter son armure en public, il pouvait poser son regard autre part que sur ses pieds, il pouvait suivre son initié dans des endroits qui lui étaient interdits auparavant. Il était devenu un vrai novice Black Templar.

Siméon était impressionné par l'activité fourmillante qui régnait sur le vaisseau. Dans les gigantesques couloirs ne cessaient de passer des centaines de serviteurs tirant des chariots antigravité, s'affairant autour d'une console ou nettoyant sol et murs. Ils croisaient également de nombreux initiés en armure énergétique. Siméon n'en avait jamais vu autant de sa jeune vie et la puissance qui irradiait de ces guerriers était intimidante.

Sans un mot, il suivait Victor dans les coursives dont les couloirs semblaient mener tout les gens qu'ils rencontraient vers le même endroit. Au vu du nombre et de la prestance de ces templiers, une pensée lui traversa l'esprit. Ils étaient vraiment les enfants de l'Empereur, il ne pouvait en être autrement.

Ses pas le menèrent dans une immense salle où plus d'une centaine de Black Templars étaient alignés. Face à la foule se trouvait une estrade de métal poli s'élevant à un bon mètre du sol. Derrière ce promontoire se trouvait une baie vitrée à travers laquelle on pouvait voir une planète reposer sur un lit d'étoiles étincelantes. Siméon eu le souffle coupé par la majesté du spectacle tant qu'il ne pu s'empêcher de s'arrêter devant telle splendeur. Victor le rappela à la réalité d'un ton sec 'Viens avec moi fils. Aujourd'hui tous te reconnaissent comme néophyte mais cela ne te donne pas le privilège de rêvasser'

Faisant claquer ses lourdes bottes sur le métal froid du vaisseau, Siméon rejoignit rapidement le sergent qui avait pris place au premier rang de l'assemblée, juste en face de l'estrade. Il se plaça à ses cotés respectueusement. Ainsi aligné, il n'osait pas regarder autour de lui mais il savait que le premier rang était protocolairement réservé aux vétérans ou aux figures emblématiques de la croisade. C'était un véritable honneur de se trouver à la place qu'il occupait et il en était conscient. Il avait également vu une trentaine d'autres néophytes parmi le rassemblement. Avaient ils tous suivis le même parcours que lui ? Il en doutait fort.

Le silence s'installa rapidement dans la salle. Siméon ignorait ce qu'ils faisaient la mais il n'y avait aucun doutes, tous les spaces marine du vaisseau qui n'étaient pas affairés à une tâche essentielle se trouvaient dans cette pièce. La porte par laquelle ils étaient entrés se referma brutalement privant la salle de la lumière venant du couloir. Dans la pénombre de l'éclairage diffus, le panorama que lui offrait la baie vitrée était encore plus fascinant.

Un puissant faisceau de lumière se braqua soudain sur l'estrade. La salle résonna du claquement de centaines de talons se joignant au garde à vous alors qu'une autre porte s'ouvrait pour laisser apparaître quatre spaces marines en armure blanche qui prirent position de chaque côté du pupitre pour être rapidement rejoins par ceux que tous attendaient.

Enchâssé dans une superbe armure couleur de jais et d'or, le Sénéchal Navares gravit les deux marches qui l'amenèrent devant le pupitre. Derrière lui suivait discrètement un space marine dont l'armure, couverte de parchemins et de litanies, était scellée par un casque en forme de crâne humain.

'Frère templiers' Commença le sénéchal dont la voix puissante se répandit dans toutes l'assemblée 'Dans tout l'Impérium, nos croisades parcourent l'espace afin de poursuivre la mission de notre Père l'Empereur et de son fils, notre vénéré primarque Rogal Dorn' Sans un mot, l'assemblée se signa en portant sa main droite à ses lèvres pour ensuite venir caresser son épaulière gauche, embrassant ainsi la croix des templiers s'y trouvant 'Mais des temps troublés nous attendent. Au cours du siècle qui vient de s'écouler, nous, templiers de l'Ultima Crusadium, avons bravement combattus sur Armaggedon, avons vaincu sur Apofis IV et avons versés notre sang dans les tranchées de Pujal mais cela mes frères, n'était pas assez' Le vénéré Navares balaya de son regard le premier rang 'Combien parmi vous avaient à côté d'eux jadis un frère qu'il n'ont jamais revus ? Combien parmi vous se rappellent les sacrifices de nos guerriers disparus dans le feu des combats ?' Il marqua un bref temps de pause 'Mais cela mes frères n'était pas assez'

L'orateur écarta les bras comme pour embrasser la salle entière 'À chaque feu menaçant que nous éteignons, une autre brasier s'éveille. A chaque psyker que nous soustrayons aux périls du warp, une dizaine d'autres prennent sa place. Aujourd'hui, une nouvelle mission nous attend. Dans quelques heures, notre flotte appareillera vers le système d'Adega pour y rejoindre les vaisseaux des sénéchaux Danakan et Cervantes. Ensemble, nous formerons la plus grande des croisades depuis la purge du système de Germillion il y à deux cent ans' Il s'arrêta à nouveau et fixa Siméon droit dans les yeux 'Frères Black Templars, préparez vos âmes au voyage dans l'immatérium. L'Empereur nous guide et par la main des templiers, ses voux seront exaucés. Ni quartier, ni regrets ni peur'

La salle résonna alors du bruit tonitruant de dizaines de spaces marine frappant religieusement leur plaque pectorale du poing. Le sénéchal s'était reculé laissant place au chapelain qui leva doucement son crozius arcanum. Comme un seul homme, l'assemblée mis un genou en terre.

Avant de fermer les yeux pour se recueillir dans la prière, le regard de Siméon se posa une dernière fois sur la baie vitrée. Le soleil dessinait un aveuglant croissant de lumière autour de la planète semblant auréoler le chapelain d'un halo divin. Se joignant à la sienne, une centaine de voix emplirent alors la pièce murmurant une même prière.

' A travers le feu de le guerre se forge l'âme du guerrier.'

 

Maître de chapitre Rendar

 

des Knights Of Justice